|
|
| ENG |
Rencontre avec un archéologueEntrevue avec Jean-Marie Blaising, archéologue à l’Inrap.
C’est autour d’un café que nous évoquons le passé avec Jean-Marie Blaising, archéologue à l’Inrap. L'entrevue se tient à la gare de Metz.
Dès les premiers pas hors de la gare, Jean-Marie nous invite à nous retourner devant l’imposante construction : « Au début du XXe siècle, les bâtiments devaient affirmer l’appartenance de Metz à l’Empire allemand. La gare était la première chose qu’apercevait le voyageur arrivant sur le sol messin. » Et c’est en détruisant les remparts médiévaux que la gare a pu être construite. Peut être reste-t-il encore quelques vestiges dans le sous-sol du quartier, comme à Nancy. Les travaux près de la place Stanislas ont permis de mettre au jour un ancien bastion qui protégeait la ville aux XVe et XVIe siècles. Vous pouvez le voir en visitant le sous-sol du Musée des Beaux-Arts qui a été aménagé en conséquence.
Qu’en est-il alors de nos jardins ? Peut-on y trouver un trésor ? « Les fouilles sont soumises à autorisation. Bien que ce qu’on puisse trouver dans le sol appartienne au propriétaire du terrain, on ne peut délibérément entreprendre de faire un trou dans le but d’y découvrir quelque chose. Mais le hasard est permis ! Dans notre région, il y a eu de nombreux villages et villæ d’occupation gallo-romaine et, après la pluie, dans les champs fraîchement labourés, l’on peut trouver des restes de ces civilisations diparues. » Un conseil : ouvrez l’œil !
L'archéologie pratiquée à l’Inrap n’étudie pas seulement les objets du passé et l’image de la céramique gallo-romaine sortie de terre semble un peu réductrice. Jean-Marie nous explique : « Le plus souvent, c’est la terre elle-même qui est objet d’étude. Les sédiments regorgent d’indicateurs qui permettent de reconstituer le passé et notamment l’ancienne fonction d’un terrain. Les escargots par exemple : savez-vous qu’il en existe 250 variétés !? Attachés à des milieux précis, ils permettent de différencier les zones cultivées des prairies et forêts. Les pollens ensuite : conservés parfois depuis 10 000 ans dans les milieux humides, ils renseignent directement sur le type de culture pratiquée anciennement. La présence d’orties, quant à elle, informe sur l’existence de troupeaux. Oui, les orties se régalent des nitrates contenus dans les déjections animales. »
La gestion et l’exploitation du territoire, pâturages, mines et forêts, étaient déjà pratiquée par les romains. Elles ont engendré des pollutions qui persistent aujourd’hui. Que ce soit par les métaux lourds dus aux exploitations minières, ou les phosphates rejetés dans les pâturages, il arrive que certaines pollutions soient recyclées par la végétation. La plante puise dans le sol pollué ses nutriments, grandit sans évacuer la pollution qui, en fin de vie de la plante, réintègre le sol. Cela forme un cycle.
Inrap avec un p comme prévention : « Après une étude pour la ligne du TGV Est, il a fallu consolider le terrain, car le tracé passait au-dessus d’une tourbière : une épaisseur de 3 mètres de matières organiques humides. » Il y quelques milliers d’années, le lessivage des sols par la pluie a mis à jour une cuvette en argile imperméable qui, au fil du temps, s’est rempli de végétaux. C’est un terrain bien trop meuble pour y construire quelque chose.
Les mines creusées dans le passé posent aussi problème. On oublie qu’à certains endroits, le sous-sol ressemble à un gruyère et qu’il y a un risque d’affaissement du sol dû à un effondrement minier. « En général la transmission orale se fait jusqu’à l’arrière-petit-fils. Ce qui laisse un siècle à l’homme pour oublier les activités de ses ancêtres. » Mais l’archéologie et l’histoire sont là pour nous le rappeler.